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Permaculture de montagne - Zone de rusticité et microclimats


Cultiver en montagne? L'idée peut encore surprendre et pourtant.
Comprendre la nature, coopérer avec elle, associer plusieurs plantes, encourager la biodiversité permettent de cultiver à peu prêt dans toutes les conditions. Sol acide, terreux rocheux, sablonneux, températures basses, altitude, neige... Découvrez les stratégies d'adaptation des plantes et initiez vous à permaculture de montagne. Grâce aux espèces rustiques et aux techniques d'implantation en microclimat, vous pourrez vous délecter de saveurs parfois tropicales sous nos latitudes avec des variétés bien de chez nous.





I introduction: Zones de rusticité.

La végétation de montagne diffère de la végétation des plaines alluviales ou encore des bords de mers.
La végétation se répartie selon la latitude et l'altitude. Les espèces varient selon l'orientation des versants: sud, nord, est, ouest.

Il existe un système américain de classification des zones de rusticité que l'on appelle USDA. Il permet de classifier les végétaux selon leur résistance aux températures froides en hiver, de -50°C (zone arctique) à +12°C (zone tropicale). L'inconvénient c'est qu'il ne prend pas en  compte l'écart de température entre jour et nuit, entre été et hiver. Il faut donc l'adapter, particulièrement pour le climat continentale qui oscille entre un climat sec et chaud type méditerranéen l'été et un climat subalpin froid et humide l'hiver. C'est le cas typique de l'Auvergne et de la zone de Clermont Ferrand.


France-zones-de-rusticité
http://billhook.free.fr/

En France, nous oscillons entre un climat méditerranéen de zone 9 à 10 (de -7° à +2°C), et un climat alpin de zone 6 voir 5 (-23 à 29°C).


II Le climat continental et sub alpin de moyenne montagne
Climats alpin, sub alpin, continental, auvergnat, vosgien, sibérien, canadien, boréal...
http://lamaisondalzaz.wordpress.com/2010/04/01/climats-et-microclimats/

Dans les zones continentales USDA 7, 6 et 5: Les hivers sont longs, humides et rigoureux, les températures peuvent descendre jusqu'à -25°C, la neige ralentit la vie jusqu'à 6 mois de l'année, les gelées printanières font frissonner les arbres, les sols rocailleux sont souvent acides, et les bocages sont tourbeux, l'accessibilité est souvent difficile et mal balisée... quelle vie exubérante peut bien s'adapter à ces conditions climatiques? Que peut-on bien cultiver en montagne à part des choux, des patates, des pommes et des coings?


Les montagnes ont été les dernières terres colonisées par les végétaux qui ont du s'adapter à la rudesse des températures, des UV, l'éloignement des rivages océaniques et l'acidité du sol.

Les sols rocheux recèlent de minéraux, des eaux minérales (parfois soufrées) ou gazeuse (carbone), toutes riches en oligoéléments. Les sols regorgent de matière organique et de minerais Or, zinc, magnésium, potassium, cuivre, aluminium, silice, sodium etc. Leur assimilation par les plantes est rendu possible quasi exclusivement grâce aux relations symbiotiques et saprophytes avec les champignons micorhyzogènes, les lichen et les bactéries dénitrifiantes. Grâce à des enzymes digestives et l'acide oxalis, ces organismes décomposent la roche mère, la matière organique, les cadavres d'animaux et les fécès; ils synthétisent ces nutriments pour pouvoir les transformer et les échanger contre du sucre avec des végétaux, des algues ou des champignons. Beaucoup appartiennent au règne des champignons supérieurs, dont les comestibles les plus appréciés comme le cèpe, les girolles et les lactaires, mais pas que.

L'agriculture de montagne est donc mixte par nature et peut fournir une production diversifiée tout au long de l'année, printemps, été, automne comme hiver, d'une qualité exceptionnelle!

Tout ceci a été rendu possible grâce à une morphogenèse adaptée. Les stratégies comme le nanisme des arbres fruitiers, le regroupement, les formes en coussinet ou en rosette des plantes vivaces, la teneur en lipides et en sucres des fruits en témoigne. L'altitude et les hivers rudes améliorent les qualités nutritives des noix et des fruits, notamment leur teneur en sucres, en huiles essentielles et en vitamines C.
Les plantes ont également élaboré des stratégies coopératives, symbiotiques, d'autonomie ou de monopole (inhibition de croissance, saprophitisme, acidification des sols) pour parfaire leur survie dans ces milieux, parfois extrêmes.

De manière générale, les étés chauds et ensoleillés permettent aux arbres de fleurir et de fructifier sans problème. Le point essentiel est de s'adapter aux gelées de mi-saisons et de choisir une floraison adéquate, soit précoce, soit estivale.

III Cultiver des fruits à l'abri du gel.

La vernalisation est un choc thermique par le froid qui permet à la graine de s'acclimater et de germer au printemps. Le froid permet également aux fruits d'automne de blettir - mûrissement par le froid - qui active la production de sucres, de lipides et de protéines dans les fruits blettes: coings, cormes, kaki, cynorhodon... En dehors de cette spécificité, les fructifications tardives ne donnent pas de résultats en montagne. Préférez donc des variétés précoces et rustiques.

L'acclimatation est un phénomène d'adaptation aux variations de températures. Beaucoup de plantes des plaines peuvent s'acclimater en montagne moyennant une période d'adaptation de plusieurs saisons et dans des variations raisonnables, quelques degrés, rarement plus de 5°C par rapport à leur seuil. Elles seront alors parfois plus petites. Certaines nécessiterons un voile d'hivernage, une culture sous serre froide, en pot ou pourront être cultivées en annuelle.

Pour les arbres fruitiers, il y a trois solutions:
1 Il faut essayer de choisir des arbres fruitiers à floraison estivale et à maturation courte (90 jours) pour passer le cap des gelées. Les fruits sont souvent plus petits mais très savoureux.
2 ou alors des espèces à floraison hâtive supportant le gel de -2°C à -7°C.
3 Certaines plantes typiquement montagnardes ont une croissance optimale entre 0 et 10°C, ce sont des plantes d'hiver, que l'on appelle psychropylles, comme la baie de mai. Elles peuvent fructifier dès la fin de l'automne ou dès la fin de l'hiver, elles ont une maturation très courte (75 jours, ou très longue, parfois 2 ans comme pour les sapins, les génevriers etc). C'est également le cas de céréales comme le seigle ou le blé qui germent en automne, végètent tout l'hiver pour renforcer leur système racinaire et développer un codage de résistance au gel ce qui leur permet ensuite de démarrer leur croissance dès le début du printemps pour mûrir début de l'été.

Astuce!



Les orientations:
sud: fruits d'été, fruits d'hiver.
est, sud-est: fruits d'automne à floraison estivale et à maturation courte ou très longue (année suivante), céréales d'hiver, plante à vernalisation et floraison estivale hâtive type gentiane, plante couvre sol.
sud: céréales d'été, fruits de printemps-été-automne craignant les gelées, à fort besoin de chaleur pour la maturation des fruits (pièges à chaleur avec des roches si nécessaire, des murets et haies brise vent au nord).
sud, sud-ouest: fruits d'automne, fruits d'été tardifs, à maturation longue, céréales d'été.
ouest: fruits toutes saisons craignant la lumière directe et nécessitant un sol humifère, plante vivaces, légumes d'hiver, une vernalisation avec couverture neigeuse protectrice.
nord: (axe nord-sud): fruits hâtifs (floraison février-mars) craignant les gelées tardives, fruits psychrophyles, plantes des sous bois type noisetiers.
nord-est: plantes arctiques résistantes aux vents et au gel, voir à l'ombre et à l'humidité, baies et petits fruits, plantes vernalisées.

Adapter ces conseils en fonction de la topographie du lieu et du versant de votre massif montagneux. Les ombres portées sur une pente descendante au nord seront plus longues et plus courtes sur une pente ascendante sud. Les vents du nord tout comme les effets de foehn (vent du sud chaud, desséchant et poussiéreux) sont également à prendre en compte. Evitez l'humidité stagnante du sol et dans l'air, pour cela, aménagez des corridors ventilés d'axe n-ouest->est pour faire redescendre l'humidité vers la plaine afin d'éviter le brouillard stagnant fatal en cas de gelée. Evitez les corridors nord-sud qui accentuent les écarts chauds/ froids, humidité/ sécheresse, fonte des neiges/ congères qui détériorent gravement les sols. Réservez les corridors sud avec haie brise vent au nord pour maintenir les cultures au chaud et à l'abri du vent froid et de l'humidité.

Le gel et les fleurs.
Pour vos pruniers, cerisiers, abricotiers et pommiers, dont les fleurs s'ouvrent avant les feuilles, entre février et mars, vous pouvez les planter au nord avec une belle exposition ensoleillée l'été. Cela aura pour effet de retarder le réchauffement du sol, et donc retarder la montée de sève dans les boutons floraux de quelques jours : vos arbres passerons le temps des gelées sans dommage. L'arbre récupère très vite ce petit "retard" et surtout cette technique sauve vos fleurs, et donc vos fruits. Sachez toute fois que ces espèces résistent bien au froid et supporte de petites gelées matinales, même en fleurs. Evitez de les planter plein Est. Le sud et le sud-ouest sont plus adaptés.

La pluie et les pétales.
Le plus dommageable reste la pluie. Si vos fleurs s'ouvrent, faites le nécessaire pour attirer le maximum d'insectes pollinisateurs dès le début car la pluie, pire la grêle, font tomber les pétales en quelques minutes; toutes les fleurs non fécondées ne donneront pas de fruits. Pensez donc à planter aux pieds de vos arbres fruitiers des fleurs hâtives (hivernales ou premières fleurs de printemps) et mellifères comme la pâquerette, le cyclamen sauvage des Alpes, les hellébores, les asarums, les edgeworthias, les tulipes, les crocus, amaryllis, les perce neige, l'anémone sylvestre, les jacinthes, les iris (tendances envahissantes), les jonquilles, les pulmonaires, l'achilée millefeuilleles pensées, les pervenches, les véroniquesles violettes, les renonculesl'oseille ou rumex, le lierre terrestre. Mais aussi colza, moutarde, chou. Installer des hôtels à insectes et des haies brise vent. Nombre d'entre elles sont des couvre sol et des mulchs de qualité; elle soignent également vos arbres fruitiers contre les maladies ou les agressions (pâquerette, violettes, pervenche, alliacées, oseille, pulmonaire).

IV Paysages de montagne et stratégies de survie

Contrairement aux idées reçues, les reliefs et la géologie du sol offrent une grande diversité de paysages, d'espèces et de microclimats. Chaque versant ou relief montagneux abrite une faune et une flore rustique unique en son genre. La biodiversité y est hors du commun! La beauté des quatre saisons est à l'image de nos pays tempérés. Les plaines elles ont tendance à se désertifier à cause de la déforestation massive au profit des terres arables. Les forêts de montagnes sont nos derniers réservoirs d'oxygène et de verdure.
flore de montagne: http://fr.wikipedia.org/wiki/Flore_du_Massif_central


Les montagnes ont des histoires différentes, certaines sont des volcans, d'autres des chaînes montagneuses émergées des fonds marins il y a des millions d'années, donc salins, certaines ont connus des climats subtropicaux et se réfugient dans des microclimats en altitude, on les appelle des plantes orophiles - d'autres espaces montagneux.
http://www.e-natura.com/natura_randonnees/info_naturaliste/flore.php



Les tourbières espace protégée
Les tourbières sont des espace protégée. Des espèces de plantes carnvores comme la drosera, les joncs, les carex et les spaignes, ou encore les myrtilles s'y plaisent très bien. Vipère et amphibien habitent ces milieux semi aquatiques.

La décomposition lente de la matière organique carbone des spaignes fourni ce que l'on appelle la terre de bruyère, acide et riche en carbone. C'est une ressource intéressante à utiliser en prenant soin de préserver le milieu.

l'eau stagnante est, de manière générale, un défit majeur pour l'agriculture, autant que celui de l'érosion des sols.

L'hygromorphisme conduit irrémédiablement à un blocage du phosphore, voire des nitrates et des nitrites. Elles favorisent les conditions anaérobioses - sans oxygène - et conduit au pourrissement des racines et favorisent l'apparition des maladies pathogènes des plantes non-aquatiques ou semi aquatiques. La sélection de plantes hygrophiles -qui aiment l'eau -est essentiel, comme les plantes des marais, des bocages et des tourbières. 
plantes à cultiver: graminées aquatiques, joncs, carex, châtaigne d'eau, cresson, cardamine, wasabi, raifort, berce spondyle, chardon, cirse potagère, lotus, nénuphars, massette, roseau, riz
attention à la douve du foie.

Le drainage systématique de ces zones a engendré une perte de +50% des tourbières ces 50 dernières années, notamment à cause de l'exploitation minière de charbon et du surpâturage. On a compris l'intérêt écologique et environnemental -stockage de carbone atmosphérique - et ces espaces tentent à être protéger de nouveau.

Les cultures en zone humide.

les plantes hygrophiles sont: les carex, les joncs, les roseaux, les iris, le riz, les fougères humides, les mousses, les reines des prés, le cresson, la châtaigne d'eau, la cardamine, les berces spondyles - légume sauvage réputé - Ils tolèrent l'excès d'eau dans les sols et dans l'air de manière permanente ou périodique.

Les stratégies coopératives pour la quête des aliments:

La mycorhization des arbres et des plantes à fleurs de montagne se fait grâce à un partenariat avec les champignons dits supérieurs (basidiomycètes et ascomycètes). Les champignons apportent un accès accru aux minéraux et synthétisent l'azote organique - et non aérien - que l'on trouve dans la masse brune des feuilles, des épines et du bois. Elles permettent aux plantes de développer des résistances aux maladies, des attaques de nématodes; et une tolérance au ph acide et aux métaux lourds.


Les tilleuls, les peupliers, les pins et les érables sont les seuls arbres à pouvoir développer une endomycorhization et une ectomycorhization de leurs racines.

Les bruyères, les mousses, les lichens, les fougères et les algues.



Les stratégies de monopole pour s'accaparer les aliments, le territoire ou la lumière.


_ L'acidification (sapins, pins, bruyères, fougères,)
_ Les enzimes inhibitrices de croissance (sapin, noyer, hêtre, érables)
_ La canopée, la course à la lumière (sapins, épicéas, cyprès, pins).
_ Les rhizomes envahissants (fougères, ronces, framboises, acacia (en basse altitude))

Les stratégies d'autonomie dans les conditions extrêmes.

le cas des éricacées: myrtilles, busseroles, camarine, airelles.




http://terresacree.org/forevieg.htm
http://lamaisondalzaz.wordpress.com/2010/04/01/climats-et-microclimats/
http://fleursdemontagne.free.fr/
http://www.amazon.fr/gp/product/1402050739/ref=oh_aui_detailpage_o05_s00?ie=UTF8&psc=1
https://sajf.ujf-grenoble.fr/jardin/cadre-naturel-exceptionnel/letagement-vegetation-en-montagne
adaptation des plantes alpines
https://www.jardinalpindulautaret.fr/sites/sajf/files/pdf/AubertPlantesAlpines2012Montreal.pdf

Encyclopédie des plantes bio-indicatrices Volume 3

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